Michel Desjoyeaux à propos d'Éric Bellion Vendée Globe 2016

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Eric Bellion (crédit : Vincent Curutchet)

Michel Desjoyeaux : « Éric a fait des trucs beaucoup plus compliqués qu’un Vendée Globe »

 EB21 octobre, 7h30 heures aux Sables d’Olonne. Le jour n’est pas encore levé sur le ponton Vendée Globe et COMMEUNSEULHOMME prend la mer pour l’une des dernières sorties avant le grand départ. A bord, Éric Bellion bien sûr, entouré de son équipe, mais également Michel Desjoyeaux, seul double vainqueur de l’épreuve et artisan d’une foule d’autres victoires. « Mich » embarque en ami et donne deux heures d’un emploi du temps millimétré pour apporter une expertise que chaque membre de l’équipe écoute à la lettre.« Michel est un des mentors du projet » résume Éric qui est venu lui demander conseil il y a trois ans alors que ce tour du monde n’était encore qu’une vue de l’esprit. « Il m’a dit qu’il avait une idée un peu folle et je lui ai répondu que ça n’était pas si fou que ça » s’amuse Desjoyeaux. Pour « Mich », la sagesse du projet se résume dans son ambition, celle de boucler la boucle et non de rentrer dans le top 5. Il balaie vite les complexes d’un Bellion de nature prudente. « Éric a fait des choses beaucoup plus compliquées que ça, ça n’est pas un Vendée Globe qui doit lui faire peur » salue t’il en référence aux multiples projets menés par Éric ces 15 dernières années. Le plus fou étant sans doute ce tour du monde en trois ans à bord de Kifouine, un voilier que certains hésiteraient à prendre pour traverser la Manche.

EBDepuis cette rencontre fondatrice, « Mich » garde un œil bienveillant sur le projet. Même s’il lui arrive de se cracher dans les mains pour tourner les manivelles de winch, il est surtout de bons conseils et donne son avis dès qu’on lui demande. En toute discrétion, Desjoyeaux a ainsi participé au choix de ce bateau (l’ex-DCNS) et conseille Éric sur le recrutement des personnes clés. Il a ainsi présenté Sam Goodchild, co-skipper sur la dernière Transat Jacques Vabre et Matthieu Hacquebart, devenu directeur technique. Sur le plan pratique, COMMEUNSEULHOMME bénéficie des locaux de l’écurie Mer Agitée, créée par Michel Desjoyeaux mais fonctionne de manière autonome. Mer Agitée est en effet conçue pour des projets gagnants et celui de Bellion est loin de cette ambition. Accueillir COMMEUNSEULHOMME était d’ailleurs loin d’être une évidence dans ce temple de l’exploit sportif mais Éric a su convaincre l’équipe que son projet pouvait apporter quelque chose. « Il nous pousse à penser différemment, à nous adapter » apprécie Michel. La réussite de ce projet réside donc dans cet échange gagnant – gagnant. Michel prodigue ses conseils mais surtout distille sa confiance. A moins de 10 jours du départ, elle est d’une valeur inestimable.

 

Interview de Michel Desjoyeaux 
Comment avez-vous fait la connaissance d’Éric ? « J’ai rencontré Éric au Havre, lors de la Transat Jacques Vabre 2013. Il est venu me voir car il voulait me faire part de son idée d’être au départ du Vendée Globe. Il pensait que c’était une idée folle, je lui ai dit que ça ne l’était pas tant que ça. Il a déjà fait des trucs beaucoup plus compliqués. Ça n’est pas un Vendée Globe qui doit lui faire peur. Il n’a pas l’intention de rentrer dans le top 5, il n’est pas dupe là-dessus. Si ça avait été le cas, je lui aurais dit non mais son objectif est avant tout d’aller au bout. »
Comment l’accompagnez-vous dans sa préparation ? « C’est un projet qui est un peu atypique chez nous. Il est dans les locaux de Mer Agitée mais il ne dépend pas de nous. Il a la « hot line Desjoyeaux » et appelle dès qu’il en a besoin. Matthieu Hacquebart, son directeur technique en fait tout autant. »
Vous avez participé au choix de ce bateau ? « Je l’ai conseillé sur le bateau. Il fallait un bateau pas trop cher, assez simple et fiable et il a eu la chance de tomber sur celui-ci. C’est un bateau accessible qu’il a pu prendre en main dans un délai raisonnable. Les bateaux de cette génération-là sont légers mais aussi solides. »
Ainsi que sur la composition de l’équipe ? « J’ai aussi conseillé Éric sur la partie « équipe ». Je lui ai trouvé Matthieu Hacquebart, son directeur technique ainsi que Sam Goodchild qui était son co-skipper sur la Transat Jacques Vabre. Il fallait quelqu’un qui avait une grosse envie d’y aller et qui soit capable d’apporter quelque chose. Sam est jeune mais il a pas mal d’expérience et il la partage. Ça a été un échange gagnant – gagnant. Je ne sais même pas à quelle place ils ont terminé (7ème, ndlr) et ça ne m’intéresse pas. Je ne m’occupe pas du sportif. »
Comment s’est intégré le projet chez Mer Agitée ? « Quand Éric est arrivé chez Mer Agitée, il a fallu convaincre l’équipe. Je leur ai dit qu’on l’aiderait et que ça se passerait bien mais certains ne voyaient pas à quoi ça servait puisqu’il ne s’agissait pas d’un projet gagnant. Au début, il n’avait même pas de sponsor et, chez nous, nous n’avons pas pour culture de lancer des projets qui n’ont pas leur financement. J’ai laissé Éric présenter son projet à l’équipe. Il l’a fait de manière informelle, pendant une pause-café et il a convaincu les gens. Son projet nous pousse à penser différemment, à nous adapter. »
A moins de 10 jours du départ, comment percevez-vous son état d’esprit « Grosso modo, il a un peu de stress. Il a peu navigué en solitaire par rapport à d’autres mais il a de la ressource et il est allé chercher son projet. Sa force est qu’il neveut pas faire un résultat. Son ambition est différente, il veut passer un message. »
EB